8 raisons de ne pas précommander de jeux via le Crowdfunding

Publié par Le chat solitaire (Skinner) le

L’article précédent ne disait que du bon du Crowdfunding (dont je n’oublie pas le “d”, cette fois-ci).

Forcément, cela permet d’avoir des jeux de malade, avec un matériel divin et une durée de vie supérieure à la nôtre.

Mais le Crowdfunding, c’est pas toujours bien. Ohhhhh non.

En fait, il y a même des chances que vous en soyez dégoûté.e.

Aujourd’hui, nous passons en revue les huit raisons de ne pas vous laisser envoûter par le financement participatif !

Si vous souhaitez lire un rapide résumé de ce qu’est le Crowdfunding, rendez-vous au début de l’article précédent.

1. On soutient ainsi les boutiques

Les boutiques de jeux sont des lieux fascinants, avec leur histoire, leur ambiance et leurs visages.

Quoi de plus décompressant que de faire un tour dans sa boutique préférée après une pénible journée de travail ?

Pas besoin de s’y rendre avec l’optique d’acheter pour passer un bon moment : on discute avec les vendeurs, on lit les quatrièmes de couverture, on jette un oeil curieux aux jeux qui ne sont pourtant pas de notre genre…

On savoure également le fait de tout de suite savoir à quoi ressemblent les boîtes et le poids qu’elles pèsent.

Sur les plates-formes de Crowdfunding, nous n’avons malheureusement pas ça.

Et si tout le monde ne faisait plus qu’acheter des jeux sur ces sites, il n’y aurait plus de boutiques.

Est-ce que l’on veut vraiment ça ?

2. Il est difficile de se faire une idée d’un jeu sans y avoir joué

Beaucoup d’entre nous ne veulent pas prendre le risque de commander un jeu (cher, de surcroît) auquel ils ou elles n’ont pas eu l’occasion de jouer. Quoi de plus respectable !

Pour les jeux issus de boutique, le problème est facilement contournable : on y joue avec l’exemplaire d’un.e ami.e, on se rend à une soirée jeux, on emprunte la boîte de quelqu’un…

Avec le Crowdfunding, ce n’est pas si simple. Si vous attendez qu’une personne de votre entourage reçoive son exemplaire pour y jouer, vous risquez d’être frustré.e en cas de coup de coeur, car le financement participatif sera terminé, et il n’y aura peut-être pas de reprint (nouveau financement pour le même jeu, généralement avec quelques nouveautés) avant longtemps.

Notre époque comporte cependant un avantage : internet. Malgré ses aspects négatifs (la liste serait longue), internet permet de donner la parole à des testeurs, Youtubers et blogueurs (comme moi) à qui les éditeurs offrent des prototypes de leur futur jeu (pas comme moi…) dans le but de les faire tester. Si un éditeur est malin, il fera en sorte que les influenceurs en question aient reçu le jeu et aient eu le temps d’en faire la critique juste avant que commence la campagne de Crowdfunding.

Même si regarder la vidéo d’un futur jeu ne vaut pas une partie test de notre part, il peut être intéressant de repérer ses influenceurs préférés et de prendre en compte leur avis avant de décider si l’on souhaite ou non tenter notre chance avec le financement participatif.

3. L’attente risque d’être longue

Le Crowdfunding, ce n’est pas pour les impatients, que nenni !

Fabriquer un jeu et le livrer demandent du temps, surtout s’il ne s’agit pas d’un reprint.

Quand ils lancent une campagne de Crowdfunding, les auteurs se doivent d’annoncer une date d’estimation quant à la livraison. Plus le jeu est gros et ambitieux, plus cette date sera lointaine.

Parfois, le jeu arrivera pile dans les temps, et tout le monde est content !

Mais d’autres fois, le jeu aura du retard.

Cela peut être un retard de quelques mois.

Ou plusieurs années.

Normalement, les auteurs vous tiendront informé.e des retards et en expliqueront les raisons. Il en va de leur intérêt, car des auteurs en retard sur leur jeu et ne donnant plus signe de vie risquent de susciter bien des colères sur internet.

Il existe aussi une situation très peu agréable : lorsque votre jeu ne vous a toujours pas été livré et vous voyez que l’auteur a lancé un nouveau projet entre-temps. Oui, on se sent quelque peu oublié quand cela arrive.

Selon les cas, le retard est justifié et excusable (grève dans l’usine, erreur d’impression à corriger, bouleversement externe dans la vie d’un auteur, arrivée soudaine du Covid…), mais il arrive aussi que les créateurs ont tout simplement surestimé leurs capacités et qu’ils soient à la traîne, que cela soit dans la rédaction finale des règles, l’écriture du scénario ou l’envoi de leur jeu à l’usine.

Heureusement, on finit dans l’ensemble par recevoir notre jeu. Et là, le produit final peut être si bon qu’on ne regrette plus d’avoir patienté jusque là, mais il se peut aussi que nous soyons passés à autre chose à force d’attendre sans plus y croire. Dans ce dernier cas, bonjour la frustration…

4. Il peut y avoir des arnaques

C’est plutôt rare dans l’ensemble, mais gardez à l’esprit que cela peut arriver.

Quel que soit le type de projet (jeu ou non) sur un financement participatif, il y aura toujours des gens malatentionnés qui abuseront de la confiance de leurs clients pour leur promettre quelque chose qui ne verra jamais le jour.

Après tout, quoi de plus facile que de partager une idée apparemment révolutionnaire et de se tirer avec tout le fric généré ?

C’est arrivé il y a quelques années dans le monde ludique, ou plutôt, cela aurait pu arriver. Des auteurs avaient annoncé la création d’un jeu complètement dingue sur le papier (je vous le citerai si je retrouve le nom) et demandaient donc de l’argent. Comme c’est devenu fréquent dans le Crowdfunding, les créateurs avaient rendu publique une partie des règles, pour que les joueurs se fassent une idée. Et il se trouve que des gens ont remarqué que ces règles… étaient les mêmes que celles du jeu Massive Darkness. Tout avait été repompé. Il fallait oser ! Les soi-disant auteurs ont donc été bannis de la plate-forme et les clients remboursés.

Cela peut faire peur, mais rassurez-vous, car les plates-formes sont très vigilantes par rapport à ces fraudes (car il en va de leur réputation). Et surtout, nous, joueurs et joueuses, avons la chance de faire partie d’une communauté souvent conviviale et désintéressée. Soyez sûr.e que si quelqu’un remarque un projet louche dans un financement participatif, il ou elle avertira tout le monde.

Après, il arrive que les clients se retrouvent plongés dans une situation qui ne part pas d’une arnaque, mais qui peut être considérée comme telle.

C’est ce qui s’est passé avec Unbroken. Ce petit jeu uniquement jouable en solitaire avait été généreusement financé sur Kickstarter ; tout le monde (dont moi) avait payé le prix du jeu ainsi que des frais de port. L’auteur semblait quelqu’un de passionné et professionnel. Bref, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Mais il se trouve que le jeu a eu du retard. Certains joueurs furent livrés, mais seulement une minorité. En soi, rien d’exceptionnel. Mais ce qui fut plus surprenant, c’est qu’un jour, l’auteur avoua publiquement avoir sous-estimé le prix de la livraison. Aussi, il réclamait que chacun verse 10 dollars canadiens de plus pour voir son jeu livré TOUT EN PROMETTANT que mêmes ceux et celles refusant de payer recevraient tout de même leur jeu, mais avec du retard.

Et là, ce fut la guerre sur le net. De nombreux joueurs et joueuses fustigèrent l’attitude de l’auteur, d’autant plus que ce dernier fut, à plusieurs reprises, accusé d’avoir porté la faute sur ses clients plutôt que de se remettre en question. On pouvait même lire des avertissements des membres sur les forums de Board Game Geek comme quoi il ne fallait pas faire confiance à l’auteur en lui versant de l’argent supplémentaire.

Certains comme moi décidèrent tout de même de payer pour recevoir leur jeu. Ma boîte arriva et toute cette mauvaise histoire fut derrière moi. Mais de ce que j’ai compris, beaucoup de monde n’a, aujourd’hui, toujours pas reçu son jeu, même si à ce stade on peut douter que ces personnes en veuillent encore.

Je ne pourrais malheureusement pas vous en dire plus sur cette affaire du fait que je l’ai très peu suivie. Tout ce que je peux dire cependant est que cet auteur a creusé sa propre tombe : plus jamais personne n’acceptera de participer à l’un de ses financements.

Du coup, arnaque ou pas ? Chacun est juge.

5. Les règles sont souvent catastrophiques

Voilà ce que j’aime appeler la “touche Kickstarter”.

Avant tout, il est bon de préciser que ce point ne s’applique pas qu’aux jeux issus de Crowdfunding mais parfois aussi aux autres. Nous connaissons tous un jeu provenant des boutiques aux règles mal expliquées, brouillonnes et désordonnées (celles de Mice and Mystics, par exemple). Cela ne veut pas dire que le jeu est mauvais, seulement que l’auteur manque un peu de pédagogie.

Mais les jeux que nous offrent le Crowdfunding peuvent atteindre des sommets dans l’art de laisser dubitatif.

Il y a deux raisons majeures à cela.

La première : le jeu n’a pas été créé dans la langue maternelle du créateur et, pour des raisons d’économie, n’a pas vu ses règles rédigées par un traducteur professionnel.

La deuxième : le créateur n’a pas suffisament testé son jeu. Qu’est-ce que cela veut dire ? Tout simplement que pour s’assurer qu’un jeu soit compréhensible, il faudrait, dans l’idéal, le donner à jouer à des gens qui en ignorent tout et les laisser découvrir le jeu avec le manuel fourni, sans intervenir. Un bon moyen de voir si nos règles sont à jour ou non. Ce manque d’application se fait fréquent lorsque les auteurs d’un jeu en sont l’éditeur également : ils n’ont pas de “supérieurs” pour les rappeler à l’ordre et se disent que tout est bon comme ça.

Dans les deux cas, il arrive que les joueurs et joueuses se retrouvent devant un point de règle incompréhensible et ne savent pas quoi faire. Extrêmement agaçant !

Il n’est donc pas inhabituel de voir les forums de Board Game Geek assaillis de questions peu de temps après la livraison d’un jeu. Heureusement, les auteurs y sont généralement réactifs, suffisamment pour que le jeu soit parfaitement jouable après deux ou trois éclaircissements.

Enfin, cela dépend des jeux…

6. On évite d’encourager la FOMO

La FOMO est un concept diabolique sur lequel les créateurs n’hésitent pas à surfer.

Pour ceux et celles qui ne connaissent pas le terme, FOMO est l’abréviation de Fear Of Missing Out, ce qui doit se comprendre par la peur de passer à côté de quelque chose de génial.

A votre avis, pourquoi certains créateurs insistent tant sur le fait que le jeu ne sera jamais disponible en boutique et que ce financement participatif est le seul et unique moyen de posséder ce jeu fabuleux ?

Il peut y avoir des raisons qu’on ne soupçonne pas et qui s’avèrent finalement compréhensibles, mais bien souvent, ça sera pour vous faire peuuuuuuuur, pour que vous dépensiez immédiatement vos petits sous pour un jeu auquel vous ne jouerez peut-être jamais.

Et ce qu’il y a d’amusant, c’est qu’il arrive que des jeux que l’on présentaient comme “destinés à devenir rares” finissent tout de même en boutique, ou alors peuvent être achetés sur le site de l’éditeur. Mouais, j’aime pas trop qu’on se paye ma poire…

Voilà donc une bonne raison de tourner le dos à certains financements participatifs.

7. On évite de se retrouver avec un matériel pléthorique qui ne sortira jamais de ses différentes boîtes

Assez contradictoire quand on lit le point numéro 3 de l’autre article. Mais ce n’est pas toujours facile à anticiper.

En fait, cela dépend même du cas de figure. Imaginons que vous recevez le all-in d’un jeu (boîte de base plus quatre bonnes extensions).

Première possibilité : le coup de coeur est tel que vous jubilez en utilisant tout ce matériel abondant. Dans ce cas, rien à redire, vous avez bien fait de craquer pour le all-in !

Deuxième possibilité : vous appréciez tout de suite ce jeu et y jouez régulièrement, sauf que vous constatez trop tard que le jeu de base se suffit à lui-même et qu’il n’y a pas besoin de toutes ces extensions encombrantes qui n’apportent pas forcément grand chose d’important. Dans ce cas, on est tout de même un peu embêté.e.

Troisième possibilité : le jeu ne correspond pas à vos attentes, si bien que ni le jeu de base ni ses extensions ne viennent fouler votre table. Dans ce cas, on se sent carrément c**.

Pas évident, n’est-ce pas ? Moi-même ai tendance à me laisser emporter. Je pense notamment à Mage Knight qui est l’un de mes jeux préférés de tous les temps (mais qui n’est pas issu d’un financement participatif pour autant). Je possédais déjà le jeu de base quand la version Ultimate est arrivée, ce qui fut un achat immédiat (bien motivé par la FOMO, d’ailleurs). Et pourtant, je réalise que le jeu de base me suffit amplement. Bien que j’en connaisse le matériel par coeur, c’est le fait d’être en territoire connu qui me procure du plaisir, de savoir ce qui m’attend et donc d’optimiser en conséquent. On verra donc bien si la boîte Ultimate sort un jour…

8. Les frais de port peuvent être astronomiques

Quand vous commandez un jeu sur une boutique en ligne, vous remarquez souvent que cette dernière offre les frais de port lors d’un achat minimal de 65€ environ.

En toute logique, cela devrait donc être la même chose sur les financements participatifs, vu qu’on y lâche plein d’oseille ?

Oh purée, si seulement !

Non, sauf grande exception, les frais de port seront à votre charge. Et parfois, ces derniers peuvent faire très mal.

C’est d’autant pire depuis cette année, avec le prix des conteneurs qui a augmenté. On en viendrait à croire que c’est une voiture qu’on fait importer.

Même si vous avez déjà payé 250$ pour votre all-in, vous risquez de devoir en cracher 50 de plus.

Et si vous vous faites livrer dans un pays qui n’est pas en Amérique du nord ou dans l’Union européenne, cela sera encore pire ! J’ai moi-même beaucoup de chance de vivre près de la frontière française, ce qui me permet d’y être livré ici plutôt que chez moi. Bonjour l’économie !

Renseignez-vous donc le plus possible sur le prix des frais de port avant de participer à un financement participatif, et méfiez-vous si le projet indique que les frais en question seront calculés à la fin de la campagne. Non pas qu’il s’agit forcément d’une combine malhonnête, mais cela peut entraîner des mauvaises surprises.


Et voilà pour cet article !

Et vous, avez-vous des mauvaises expériences à nous partager ?

Catégories : Articles divers

2 commentaires

13obscur · 8 septembre 2021 à 14:31

Salut,

Pour le point 4, le soucis n’est pas que l’auteur. J’ai presque l’impression qu’il est le messager et qu’il prend pour d’autres.
En l’occurrent, “l’autre”, c’est Golden Bells Games. C’est clairement eux qui sont mis en cause par les backers (dont je fais parti), et sur les forum BGG. Je dirai pas que l’auteur est exempt de tout reproche (au niveau de la communication), mais le vrai soucis, c’est GBG.

    Le chat solitaire (Skinner) · 8 septembre 2021 à 15:16

    Salut Obscur et merci pour ton signalement !

    Effectivement, l’éditeur Golden Bells Games n’a pas très bien géré sa communication. Mais il me semble que l’auteur en faisait partie et communiquait directement (c’était d’ailleurs ses messages qui ne plaisaient pas). Mais peut-être que je me trompe ! Si c’est le cas, je mettrai ce 4ème point à jour, voire en effacerais la dernière partie. 🙂

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