Paper Tales – Les bons contes font les bons royaumes

Publié par Le chat solitaire (Skinner) le

Auteur : Masato Uesugi

Illustratrice : Christine Alcouffe

Editeur : Catch Up Games

Joueurs : 1 – 7

Durée : 30 minutes

Complexité selon BGG : 2.21 / 5

Genre : Jeu de draft et de construction de royaume


Mauvaise nouvelle !

“Pour jouer en solo, vous devez posséder l’extension Au-delà des portes !”

Wahou ! Je n’ai même pas le temps de dire un mot que Trauman s’incruste déjà ! Pardonnez donc ce début brutal, je ferai en sorte que ça ne se reproduise pas !

Préambule

Après une longue et laborieuse critique de Kingdom Death: Monster, je me sens d’humeur à des choses plus légères. Finis les cieux obscurs, les monstres démoniaques et les haches en osssements, nous partons sans plus attendre dans un univers éclairé et peuplé d’habitants en 2 dimensions.

Eh ouais, parce que cet univers est fait de papier, lisez le titre !

Paper Tales est un jeu de cartes et de draft. Nous bâtissons un modeste royaume de type médiéval fantastique en érigeant des constructions, recrutant des serviteurs et produisant des ressources. Et puisque les royaumes voisins ne sont pas gentils, nous leur ferons régulièrement la guerre pour leur montrer qu’on est les plus forts, na !

La boîte de base contient tout le matériel nécessaire pour jouer de 2 à 5 joueurs. Comme l’a dit Trauman, nous sommes donc bel et bien obligés de posséder l’extension Au-delà des portes pour jouer en solitaire.

Cette extension n’introduit pas seulement le mode solo, elle en profite également pour ajouter de nouvelles cartes très intéressantes ainsi que la possibilité de jouer jusqu’à 7, au cas où votre table saurait accueillir tout ce monde.

Le mode solo consiste à nous faire affronter le Roi Liche, opposition à la difficulté modulable (5 niveaux au total). Nous ne serons donc pas vraiment seuls !

Matériel et contenu

Cela risque d’être rapide ici : la boîte de base et son extension contiennent ensemble un peu plus de 200 cartes, des jetons Or, des jetons Âge, un plateau Score et quelques tuiles.

La très grande des cartes appartient à l’une des deux catégories :

  • Unités (par exemple un soldat, un servant, une villageoise, une créature…)
  • Bâtiment (par exemple une mine, une taverne, une bibliothèque, un port…)

Les autres sont des rappels ou des cartes pour le mode solo.

Exemples d’Unités

Et voilà pour le matériel !

“C’est tout ? Pas de dés ? Pas de figurines ? Que des illustrations gentillettes ? Mais qu’est-ce que je fiche ici, moi ?!!”

“Écoute, Sina’ tu pourrais faire un effort, pour une fois Les illustrations sont jolies, en plus ! Et puis après tout, il y a des soldats et des pièces d’or. Tu dois aimer, ça !”

Mécanique

Paper Tales est un jeu plutôt rapide puisqu’il se joue en 4 tours seulement. 4 générations, pour être précis.

Ces générations sont découpées en plusieurs phases :

  • Recrutement
  • Déploiement
  • Guerres
  • Revenus
  • Construction
  • Âge

Résumons-les une par une.

  1. Recrutement

La phase la plus “longue” mais la plus intéressante : celle de la draft.

A ce stade, nous recrutons les Unités qui serviront notre royaume.

Pour ce faire, nous recevons différents ensembles de cartes dont nous ne pouvons garder qu’une seule à chaque fois. D’abord 5 cartes, puis 4, puis 3, puis 2, puis une seule que l’on récupère par défaut.

En plus d’être définies par une belle illustration, les Unités comportent plusieurs éléments que l’on peut identifier sur l’image du dessous.

Faisons la liste. Nous avons :

  • Le coût (en haut à gauche). Tout simplement l’or qu’il vous faudra dépenser si vous souhaiter déployer cette Unité à la phase Déploiement.
  • La valeur de combat (le nombre dans le bouclier rouge en bas au centre). Elle définit l’efficacité de votre Unité lors des guerres. 0 ou 1 sont de faibles valeurs alors qu’au-dessus de 3, l’Unité peut être considérée comme puissante. Notez que certaines Unités ont une valeur variable qui sera définie par des conditions précises, indiquées sur la carte.
  • L’effet (les dessins et textes tout en bas). Il dépend de ce qui apparaît.
    • Si c’est une banderole brune, l’Unité produit automatiquement les ressources indiquées dessus (nourriture, bois ou minerai)
    • S’il s’agit d’un texte et de symboles, l’Unité possède une capacité spéciale qui sera prise en compte lors de la phase indiquée tout à gauche (représenté par un logo et son chiffre en petit).
  • Le nombre d’exemplaires (les rectangles gris en haut à droite). Ils vous permettent de savoir combien d’exemplaires de cette carte existent au total.

Toutes les cartes que vous ne conserverez pas seront envoyées aux Enfers (rien que ça) et pourront rapporter des points au Roi Liche.

Si vous n’avez pas fait de bêtises, vous vous retrouverez avec 5 nouvelles cartes à la fin de la phase Recrutement.

2. Déploiement

Maintenant que vous avez des Unités prêtes à vous servir, il vous faut choisir lesquelles déployer.

En début de partie, vous serez limité.e à un déploiement de 4 Unités seulement : deux au dessus et deux en dessous, comme un carré. Cette dernière précaution est importante car seules celles du dessus vont faire la guerre lors de la phase suivante. Vous placerez donc, en toute logique, vos Unités les plus fortes (celles avec la plus grande valeur dans le bouclier rouge) au sommet.

Toutes les autres cartes en votre possession qui n’ont pas été déployées sont défaussées, sauf une au choix que vous pouvez conserver pour une autre génération.

Toute Unité déployée doit être payée selon son coût ! Celles dont le coût est 0 seront gratuites (logique).

Notez que si vous possédez au moins un Bâtiment de niveau 2 dans votre ville (voir plus bas), vous avez le droit de déployer une cinquième unité qui participera aux guerres avec les deux autres en haut.

Ici, le Colosse et le Chasseur combattront pendant que la Forgeronne et la Maîtresse du temps resteront bien au chaud derrière leurs murs. Mais détrompez-vous : les femmes aussi font la guerre dans Paper Tales !

3. Guerres

Il est temps de combattre ! Additionnez sans plus attendre la valeur de combat de vos Unités du haut et comparez le résultat final avec les deux valeurs de guerre du Roi Liche.

Si votre résultat est inférieur au deux valeurs du Roi Liche, vous ne gagnez aucune guerre et ne marquez aucun point. S’il est égal ou supérieur à l’une des valeurs mais inférieure à la seconde, vous n’avez gagné qu’une guerre et ne marquez que 3 points. S’il est égal ou supérieur aux deux valeurs, vous avez dominé votre adversaire et gagnez par conséquent 6 points.

“On aurait espéré que le vainqueur puisse voler son or à son adversaire, tuer ses Unités ou encore mettre le feu à son royaume. Mais non, nous sommes dans un Eurogame…”

Arrête de râler, Sina’. On rejouera à Kingdom Death: Monster, promis !

Cette phase permet aussi de recevoir des points grâce à d’éventuelles capacités d’Unités ou de Bâtiments. Tout est indiqué sur leur carte.

4. Revenus

Cette étape extrêmement rapide nous permet de générer des richesses, indispensables au recrutement des Unités et à la construction des Bâtiments.

Nous recevons de base 2 Or.

A cela s’ajoute l’Or fournit par certaines Unités (par exemple, la Forgeronne que vous pouvez apercevoir dans l’image du dessus fournit 1 Or à chaque phase de Revenus dans laquelle elle est déployée).

Les Bâtiments aussi peuvent fournir des revenus. Parfois, ces dernier dépendront de certains facteurs (par exemple, la Taverne offre 1 Or par nourriture produite dans le royaume).

5. Construction

Avoir des hommes et des femmes sous ses ordres, c’est bien joli, mais pour que votre royaume ait de l’allure, il vous faut des Bâtiments !

Lors de cette phase, vous avez la possibilité d’utiliser les éventuelles ressources produites par vos Unités déployées et les autres Bâtiments que vous possédez déjà.

7 Bâtiments différents peuvent être construits à chaque partie. Un Bâtiment possède deux niveaux, chacun nécessitant des ressources. Chaque niveau offre une capacité permanente au royaume !

Lors de cette phase, vous pouvez au choix construire un nouveau Bâtiment ou améliorer un existant, mais dans les deux cas, seulement un !

Si vous décidez de construire un novueau Bâtiment, deux possibilités s’offrent à vous :

  • Le constuire au niveau 1 en possédant les ressources indiquées à gauche de la carte.
  • Le construire directement au niveau 2 en possédant toutes les ressources indiquées sur la carte.

Les ressources permettent de construire les Bâtiments. Mais attention, car il vous faudra aussi vous acquitter d’un prix du terrain. Celui-ci se relève à 2 Or par Bâtiment existant déjà dans votre royaume (ce qui signifie que le terrain est gratuit pour le premier).

Sinon, vous pouvez améliorer un Bâtiment de niveau 1 existant. Pour ce faire, il vous faut posséder les ressources nécessaire au niveau 2, celles indiquées à droite. Pas besoin de posséder celles du niveau 1 ou de payer le prix du terrain puisque tout cela a été réalisé dans un tour ultérieur.

Comme nous pouvons le voir ici, une Mine de niveau 1 se construit avec 1 bois. Sa capacité sera alors de produire un minerai. Si la Mine est construite au niveau 2, ce qui nécessite 1 bois et 1 minerai de plus, elle produira non seulement un minerai mais fera gagner 2 points au joueur par minerai qu’il possède dans son royaume durant la phase de guerres.

Posséder un Bâtiment de niveau 2 vous offre deux capacités permanentes au lieu d’une et rapportera davantage de points en fin de partie.

Rappelons aussi que posséder au moins un Bâtiment de niveau 2 permet de déployer 5 Unités au lieu de 4 à la phase Déploiement.

6. Âge

La phase la plus originale du jeu.

Il s’agit du moment où vos Unités vieillissent et meurent. Pour ce faire, nous commençons pas repérer les Unités déployées possédant un ou plusieurs jetons Âge sur elles. A moins qu’une capacité ne les en empêche, ces Unités meurent et sont retirées du jeu.

“Il est très important de noter que les Unités âgées doivent attendre cette phase pour mourir. Même si un effet devait leur ajouter plusieurs jetons Âge lors d’une autre phase, elles ne mourraient pas tout de suite !”

Ensuite, toutes les Unités qui ne meurent pas reçoivent un jeton Âge. Si vous n’intervenez pas d’une façon ou d’une autre, ces Unités mourront à la phase Âge du tour suivant.

Une fois tout cela fait, vous êtes reparti.e pour un tour !

“Le concept d’âge se révèle être l’épice savoureuse de Paper Tales. Il existe des Unités dont l’utilité augmente drastiquement en vieillissant : elles sont plus puissantes au combat, rapportent des points de victoire ou produisent davantage de ressources. Mais comme l’on souhaite profiter le plus longtemps possible de ces Unités, les faire vieillir peut jouer contre nous. Trouver le juste équilibre ne sera pas facile !”

A la fin de la quatrième génération, nous comparons nos points avec ceux du Roi Liche. Celui ou celle qui en possédera le plus gagne (en cas d’égalité, le Roi Liche l’emporte).

Le Roi Liche en quelques mots

Le Roi Liche est notre adversaire en solo. Il n’est pas une intelligence artificielle en soi puisqu’il ne prend aucune décision, ne construit pas de royaume, ne recrute pas d’Unités, ne gagne pas d’Or et ne prend aucune décision.

Néanmoins, il se révèle être une gêne importante pour le joueur ou la joueuse, un peu comme le serait un véritable adversaire !

Le fonctionnement du Roi Liche est des plus simples puisque seulement 5 cartes spéciales suffisent à le représenter.

Ces cartes sont choisies aléatoirement en début de partie et forment un genre de fresque horizontale qui se révelera au fur et à mesure de la partie. Toutes les indications nécessaires se trouvent sur ces cartes.

Les trois premières cartes de la “fresque”

Comme vous vous en doutez peut-être, dans le jeu à plusieurs, les cartes que l’on ne garde pas durant la draft finissent chez nos adversaires. Cela génère par conséquent des choix intéressants puisqu’il faut choisir entre les cartes qui nous sont utiles et celles qui le seraient pour les adversaires.

En solo, nous retrouvons cet esprit, car la fresque du Roi Liche nous indique quelles cartes lui seront utiles. Si les cartes en question finissent aux Enfers, le Roi Liche marquera des points.

La fresque fournit aussi des valeurs de combat. Lorsque vient l’heure de la guerre, nous révélons une nouvelle partie de la fresque et additionnons les quatre dernières valeurs de combat, les noires et les mauves séparément. De la sorte, nous possédons deux scores à battre durant la phase de Guerres. Le Roi Liche marquera des points pour chaque guerre qu’il remporte.

Pour finir, la fresque indique des points que le Roi Liche marquera de toute façon. Ce nombre varie selon les valeurs de combat apparaissant sur la fresque : soit le Roi Liche misera sur la guerre et marquera peu de points ou alors l’inverse.

Tout cela suffit à nous offrir un adversaire coriace et extrêmement facile à jouer.

Si vous devenez fort.e à ce jeu, vous pourrez par la suite ajouter des cartes spéciales octroyant des avantages au Roi Liche, afin de le rendre plus redoutable.

C’est tout !

Conclusion

L’avis de Sinatrash

Mouais, bon, c’est un jeu de cartes à l’européenne. Ce qui veut dire qu’on ne va pas se taper dessus pour de vrai ni vivre une grande aventure.

Ok, je reconnais par contre bien aimer recruter des Unités (surtout quand c’est des monstres) avec mon Or et faire ainsi vivre mon royaume.

J’apprécie aussi certaines idées comme le Colosse qui est faible au début mais devient extrêmement fort en chopant quelques rides, ou la Djinn qui améliore magiquement un de nos Bâtiment.

Par contre, je ne comprends pas comment un Kraken peut faire vieillir les autres Unités ou comment une Abbaye se construit avec de la nourriture et pas du bois. Mais bon, on dira que c’est les Eurogames…

Pas vraiment un jeu pour moi, mais au moins il ne dure pas très longtemps…

11/20

L’avis de K’euroline

Sous ses gentils airs de conte de fée, Paper Tales cache profondeur et élégance.

Tout dans ce jeu est destiné à réaliser des combos, parfois évidents, parfois plus subtils.

Il est parfois frustrant de ne piocher que des cartes inadéquates à la situation, mais au moins, cela réveille notre débrouillardisme.

Certaines parties se devinent perdues d’avance dès la moitié du jeu, mais le jeu est si rapide qu’on ne rechigne pas à aller jusqu’au bout.

Les différents niveaux du Roi Liche sont les bienvenus pour offrir un défi progressif au joueur ou à la joueuse persévérant.e. Et même lorsque l’on a acquis un bon niveau, les céculottées restent de mise. Du coup, on réclame naturellement notre revanche.

Très, très plaisant !

18/20

L’avis Solo

Bien que nous n’y affrontions pas un réel joueur fictif, Paper Tales réussit l’exploit de nous proposer un défi digne de ce nom. Et tout ça, sans qu’il ne s’agisse de battre son meilleur score en étant seul dans son coin.

Le jeu offre de très bonnes sensations et se révèle addictif au possible. De par leur courte durée, les parties peuvent s’enchaîner sans aucun temps mort. D’ailleurs, le Roi Liche n’agira pas de façon identique à chaque partie.

On peut éventuellement regretter de recevoir des cartes totalement aléatoires durant l’étape de Recrutement (alors que si nous jouions à plusieurs, nous aurions moins de chance de récupérer les “bonnes cartes”), mais cela serait chipoter.

N’oublions pas qu’il faut posséder l’extension pour jouer en solitaire, mais celle-ci ajoute un contenu si bon qu’il serait dommage de s’en priver.

Proche de la perfection !

19/20

Appréciation personnelle du chat

Ma première partie de Paper Tales s’est faite avec un groupe de joueurs. Le jeu avait été mal présenté, les règles mal expliquées, ce qui m’a valu de jouer deux générations entières sans comprendre ce que je faisais. J’ai donc détesté, je ne voulais plus entendre parler de ce jeu !

Puis j’y ai rejoué par la suite, à nouveau à plusieurs. Ce fut mieux, nettement mieux. Je pus enfin saisir le potentiel énorme de ce jeu.

Je me suis donc intéressé à sa version solitaire, et je n’ai pas été déçu.

Aujourd’hui, je pense avoir à peu près 300 parties au compteur, et toujours autant de plaisir. Le jeu m’accompagne d’ailleurs chaque fois en vacances.

Sans doute mon “petit jeu en solo” préféré !


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