Kingdom Death: Monster – Survivrez-vous dans l’arène ténébreuse ?

Publié par Le chat solitaire (Skinner) le

Kingom: Death Monster (2015)

Auteur : Adam Poots

Illustrateurs : Zeen Chin, Lokman Lam & Lorinda Tomko

Editeur : Kingdom Death

Joueurs : 1 – 4

Durée : 60 – 180 minutes

Complexité selon BGG : 4,26 / 5

Genre : Combats tactiques et gestion de communauté

Préambule

Allumez vos lanternes, aiguisez votre couteau en os et parez-vous de courage : aujourd’hui, nous laissons les ténèbres nous engloutir. Ne soyez pas intimidé.e, même si le voyage qui vous attend vous transformera à jamais. Il se peut que vous y laissiez un oeil, peut-être une jambe même, mais ne perdez jamais la lumière de vue.

Car tant que vous la verrez, vous aurez la certitude d’être encore en vie !

“Oulala, tu me donnes des frissons à causer comme ça ! Tu me rappelles toutes ces effroyables traques dans le noir, avec ces horreurs qui nous caressaient l’échine de leur regard glacé !”

“Mais c’est qu’on devient poètes, les garçons ! Un peu morbide, mais il faut un début à tout.”

Jusqu’à présent, nous avons parlé de choses gentilles sur ce blog.

Guerriers en armure, dragons titanesques, zombies féroces… tout ça c’est bon pour les mioches !

Cette fois, la conversation sera adulte, et elle portera sur l’un des jeux les plus étonnants et sinistres du monde ludique, mais aussi l’un des plus fabuleux.

Que les lecteurs et lectrices sensibles ne s’inquiètent pas : la critique ne se veut pas choquante. Mais le jeu peut impresionner par son contenu déroutant et son décor digne d’un cauchemar. Quoi qu’il en soit, je n’afficherai aucune image que je jugerai dérangeante. Mais attendez-vous à de l’obscurité.

Kingdom Death: Monster est à lui seul la preuve que vous n’avez pas encore tout connu dans les jeux de plateau.

Il fascinera les curieux et repoussera les traditionnels.

Parce qu’au cas où vous en douteriez encore, ce jeu n’est pas fait pour tout le monde. Ohhhh non !

Ce titan ludique a vu le jour (ou la nuit, dans son cas) grâce à Kickstarter. Sa campagne a d’ailleurs généré plus de 12 millions de dollars, le plaçant pour un bout de temps sur le podium des jeux de plateau les mieux financés sur la plateforme. Frosthaven, la suite de Gloomhaven, finira toutefois pas le détrôner.

Une chose est sûre, le jeu ne s’est pas fait oublier au cours des années. Bon nombre de passionnés le considèrent encore comme un genre de jeu ultime, le compagnon de toute une vie.

L’énorme boîte de base vaut à elle seule 400$ (oui, 400) et offre une durée de vie phénoménale. D’ailleurs, l’éditeur m’en a envoyé une gratuitement pour que j’en fasse la critique… je plaisante.

La légende dit que des joueurs ont réussi à garer leur voiture à l’intérieur…

Et au cas où certain.e.s en voudraient plus, l’auteur a ajouté de nouvelles extensions plus énormes les unes que les autres, de quoi ruiner les addicts.

Vous vous en douterez, mais Kingdom Death: Monster n’est pas le jeu d’un seul soir. Il va falloir s’y consacrer pour l’apprécier à sa juste valeur. La preuve, le jeu se joue en campagne. Celle de la boîte de base peut nécessiter 30 parties, en partant du principe que vous n’ayez pas à la recommencer.

C’est bon, je vous ai suffisamment chauffé.e ? Si déjà, vos yeux se sont imprégnés d’étoiles, il est temps pour vous de passer à la caisse et d’acquérir cette magnifique bête sauvage.

… Bon, on ne va pas se leurrer. 400$ est extrêmement cher pour un jeu, et il est clair que tout le monde ne peut pas se permettre d’investir une telle somme, même si, à l’heure qu’il est, votre clavier, téléphone ou tablette est peut-être recouvert de bave chaude.

Mais vous savez quoi ? Pour éviter de vous perdre, je vais tâcher de rendre cette critique la plus distrayante possible. Comme ça, même si vous n’envisagez pas d’investir quatre billets à trois chiffres, vous garderez un souvenir enchanteur de ce jeu.

“Mais au fait, le chat, pourquoi est-ce qu’on ne jouerait pas carrément une campagne que l’on conterait ensuite sur ce site, au fur et à mesure ? Ça permettrait aux gens de vivre le jeu à travers nos récits !”

Eh bien… c’est une bonne idée ! Cela réclamerait du boulot, mais ça pourrait être très sympa !

“On pourrait même autoriser les lecteurs et lectrices qui le souhaitent à donner leur nom ou pseudo à l’un des Survivants de la communauté ! Comme ça, ils auraient l’impression de se voir dans un jeu, un peu comme quand on joue aux Sims !”

Pour qu’ils/elles se voient faire décapiter, démembrer ou bannir de la communauté ? C’est absolument horrible, mais j’aime ça ! On verra si nous avons des candidats. En tout cas, K’euroline et toi serez de la partie, j’imagine.

“Tout ça va mal finir… En tout cas, le chat, je t’interdis d’avance de me jouer stupidement ! Je veux être un personnage féminin légèrement perturbé mais affranchi et sûr de lui. Je serai poétesse à mes heures perdues, d’un réconfort sans précédent pour les autres Surv…”

Oui, bon, on en parlera plus tard ! De toute façon, ce n’est pas décidé encore. Et puis nous avons une critique à rédiger !

Passons donc à la suite, voulez-vous !

Le thème

Bien des jeux possèdent un thème qui se résume en quelques lignes.

Ce n’est pas le cas ici. Ou plutôt, il serait trop dommage de le faire.

Fermez donc les yeux et laissez-vous bercer par mes mots…

Tout bien réfléchi, gardez les yeux ouverts, cela vous sera plus facile de me lire.

L’histoire commence par des hommes et femmes se réveillant dans un monde de ténèbres, avec pour seule lumière celle de lanternes à même le sol. Celui-ci est composé de visages taillés dans la pierre. Aucun des individus n’a de souvenirs ni ne sait parler.

Soudain, un lion blanc surgit des ombres, visiblement affamé. Les hommes et femmes ne sont pas de taille pour résister, mais aucune échappatoire ne les sauvera.

Mais quand tout semble perdu, alors l’instinct refait surface. Les hommes et les femmes décident de se battre pour vivre, même si cela implique d’utiliser un morceau de pierre comme arme.

Ainsi commence le jeu : votre combat contre le lion blanc.

Pas besoin de connaître bon nombre de règles à ce stade, l’essentiel suffira amplement.

Quand vous aurez vaincu le lion blanc (et il le faudra, sous peine de recommencer), vos Survivants vont errer dans les ténèbres jusqu’à découvrir une pile de lanternes géante. Ce lieu deviendra leur “maison”.

A partir de cet instant, une nouvelle facette du jeu se dévoilera. Plus question de combattre seulement, il faudra aussi faire prospérer la communauté, ce qui signifie construire des ateliers, fabriquer de l’équipement, développer des traditions, innover etc.

Mais comme l’agriculture ne se prête pas trop à ces terres rocailleuses et dépourvues de soleil, il vous faudra chasser pour survivre.

Une partie de Kingdom: Death Monster consiste en trois phases :

  • La chasse
  • Le combat
  • La communauté

Un triple C.

Vous commencez donc par envoyer quatre survivants (armés, si possible) à la recherche d’une bête commestible. Mais une telle route est forcément dangeureuse. Vos Survivants tomberont sur toutes sortes de choses inattendues, souvent dangereuses mais parfois bénéfiques. Certains se blesseront, d’autres mourront peut-être, mais en aucun cas ils ne devront s’arrêter : la communauté compte sur eux !

Une fois le monstre découvert, la confrontation peut commencer, l’essence même du jeu.

Sur un plateau gigantesque parsemé de tuiles de terrain, vos Survivants vont lutter à mort contre une créature mortelle capable de tout.

Si vous l’emportez, vous rapporterez nourriture et ressources à votre communauté. Mais si aucun Survivant ne revient, les “frères et soeurs” devront se serrer la ceinture.

Une fois de retour à la maison, la phase de communauté débutera. Il sera alors nécessaire de déterminer si des évènements surgissent. Une maladie mortelle et contagieuse (pire encore que le Covid) ? Un étranger surgi des ténèbres ? Un chevalier errant aux intentions douteuses ? Un riche marchand transporté par des esclaves ? Vous risquez d’être surpris.e par ce qui arrivera.

Il sera ensuite nécessaire de poursuivre le développement de votre communauté. Comme dit plus haut, cela inclura fabrications d’armes, confections d’armures, réalisations de porte-bonheur et j’en passe.

Bien entendu, il ne faudra pas négliger la culture. Vos Survivants apprendront par exemple à parler, peindre, danser, construire des abris et faire du feu.

Un jour ou l’autre, la mort frappera inéluctablement, le temps de décider si les cadavres s’enterrent ou se mangent (eh oui). Et quand viendra la première naissance, faudra-t-il être doux et aimant avec le nouveau né ou lui enseigner d’emblée la dureté de la vie ? Les principes de votre communauté ne dépendront que de vous.

De temps à autres, entre deux chasses, votre communauté sera visitée par une entité effroyable, ni vraiment monstrueuse ni vraiment humaine. Un némésis. Vous n’aurez d’autre choix que de défendre votre territoire. Mais prenez garde, car ces adversaires ne ressemblent en rien aux créatures que vous aurez l’habitude de chasser…

“Pour faciliter la compréhension, le terme Monstre désignera à la fois les créatures à chasser (Lion, Antilope et Phénix) et les némésis (The Butcher, The King’s Man, The Hand, The Watcher et The Gold Smoke Knight). Ces deux groupes sont aussi dangereux l’un que l’autre et exploitent les mêmes règles en combat.”

Toutes ces aventures se dérouleront donc en campagne. Campagne que vous perdrez si, à tout moment, le dernier Survivant de votre communauté perd la vie.

Et comment gagne-t-on, alors ?

Ça sera à vous de le découvrir.

“Pfiou, j’ai bien cru qu’on n’en finirait pas avec toutes ces histoires. Non qu’elles soient inintéressantes, loin de là, mais ne serait-il pas préférable de revenir à ce qui fait le jeu, à savoir ses rouages et mécanismes ?”

Détrompe-toi, ma chère K’euroline, le thème et l’ambiance peuvent être tout aussi importants que les règles qui le composent. Et puis d’abord, nous devons parler du…

Matériel et contenu

First off, je voudrais demander à Sinatrash de se tenir tranquille et de ne pas hurler comme un hystérique chaque fois que j’afficherai une photo du matériel.

Oui, le matériel de Kingdom: Death Monster est époustoufflant, plus encore que celui de n’importe quel jeu de ma ludothèque. Les figurines sont à tomber par terre tant elles grouillent de détails. Sans compter qu’elles ont été faites à partir d’un plastique dur, particulièrement agréable au toucher.

Ici, une Survivante faisant face au Phénix, la bête à chasser la plus puissante de la boîte de base, capable de jouer avec le temps.

Attention, cependant, car elles sont à monter (et à peindre) soi-même. Exercice laborieux mais agréable aussi. Pour des raisons de place et d’économie de papier, le montage des figurines ne se trouve pas dans un livret mais sur internet.

Mauvaise nouvelle !

“L’éditeur n’explique pas le montage de toutes les figurines !”

En effet. Mais il se trouve que j’ai vérifié la page en question pour le bien de cette critique. Et beaucoup de modèles ont été ajoutés depuis la dernière fois. Tous les monstres sont là, même ceux des extensions. Par contre, il manque encore les Survivants portant des armures. Mais ce n’est pas si grave puisque des fans ont monté un site où toutes les marches à suivre sont répertoriées.

Nous trouverons également beauuuucoup de figurines de pin-up à monter, mais je vous laisse le constater ici, sur le site officiel.

“Très classe… Ça me rappelle Arythéa dans Mage Knight, tout ça. Les joueuses vont être heureuses de s’identifier à ça…”

Je peux comprendre ton agacement, K’euroline : encore aujourd’hui, les jeux (surtout d’heroic fantasy) nous proposent majoritairement des personnages féminins digne des calendriers de montagnards.

Néanmoins, ces pin-up en plastique n’appartiennent pas directement au jeu : elles sont plutôt des objets de collection pour ceux qui ont l’envie et les moyens de les commander.

Dans le jeu lui-même, les personnages féminins sont peu vêtus, c’est vrai. Mais les hommes le sont également, ce qui crée déjà un certain équilibre, peut-être pas parfait, non, mais qui rend la situation moins ridicule que dans certains jeux.

“Dites, les amis, il serait peut-être temps qu’on apprenne à coudre des pantalons, des t-shirts et des chaussettes, non ?”

Mais de toute façon, nous avons vu qu’il n’y avait pas que des Survivants, mais aussi des Monstres. Ceux que l’on chasse, eux, sont parfaitement à poil (il est même possible de déterminer le genre de certains).

Les monstres qui viennent attaquer notre communauté (les némésis), eux, sont recouverts d’armure, par contre.

Le terrible et impardonnable King’s Man

“Waw, je l’adore celui-là, la beauté incarnée ! En plus, c’est marrant, parce qu’il me fait penser à quelqu’un, mais j’arrive pas à dire qui…”

Et combien y a-t-il de figurines, en tout, dans cette boîte de base ?

Je ne pourrais pas trop vous dire car je n’ai pas fini de toutes les construire, mais il y en a pas mal. 3 créatures à chasser, 5 némésis et près de 50 Survivants, avec de l’équipement différent. Et je vous rappel qu’il faut tous les monter !

Mais qu’on ne s’inquiète pas, il n’est pas nécessaire d’avoir toutes les figurines sur pieds pour vous lancer dans la campagne. Il vous faudra seulement le Lion et quatre Survivants pour commencer. Ensuite, vous monterez l’Antilope, puis le Butcher et quelques Survivants portant de nouvelles pièces d’équipement (pas indispensable, mais tellement plus cool). Puis peu à peu, vous finirez de tout monter.

Bon, assez parlé de figurines ; il n’y a pas que ça dans KDM !

Nous avons aussi un magnifique plateau très détaillé sur lequel vont combattre les acteurs du jeu.

Ici, le Lion, un félin beaucoup moins gentil que moi.

Et comme on ne se bat pas sans équipement (enfin, vous pouvez essayer mais vous risquez de ne pas vivre longtemps), c’est plusieurs centaines d’objets sous forme de cartes carrées qui nous attendent dans la boîte, parmi lesquels des originaux auxquels vous n’aurez même pas pensé.

Rien de tout cela n’est disponible en magasin : vous devrez le frabriquer vous-même !

Bon, je crois qu’on a fait le tour, non ?

Ah non, j’oubliais le joli paquet de jetons et tuiles, représentant des malus, des bonus, des éléments de terrain etc.

Et surtout, nous avons encore une pétée d’autres cartes format tarot !

Des ressources, des techniques de combat, des innovations, des cartes permettant de jouer les monstres, des évènements de chasse… tout vous émunérer prendrait trop de temps. Mais on tourne autour des 600 cartes, ce qui prend du temps à sleever, je vous le dis.

Ah, et nous avons encore des fiches en papier pour donner vie à nos personnages et à notre communauté.

Voilà, là je crois qu’on a fait le tour !

Mécanique

Nous y voilà enfin !

Commençons par un petit jeu : à votre avis, Kingdom Death: Monster est-il de la famille des Ameritrash ou des Eurogames ?

Allez, vous avez le droit à cinq essais !

Oui, KDM est issu de la famille américaine, le digne héritier, l’élu censé accomplir la prophétie, celui qui boutera les Eurogamers hors du royaume ! Celui qui éteindra les cieux et fera jaillir fléaux et démons des entrailles de la Terre !!!

“Ça y est, il rechute…”

Tout va bien… hum, je disais donc que KDM, c’est de l’Améritrash.

Mais essayons de faire un peu de tri dans la section.

Hasard et compensations

Les dés principaux, dans KDM, sont des d10. Et les occasions de les lancer sont extrêment nombreuses.

En combat, pour commencer, vous jeterez des dés en attaque. L’arme que vous utiliserez pour ce faire possède une vitesse (nombre de d10 à lancer), une précision (le résultat minimum à obtenir pour atteindre le monstre) et une force (le bonus accordé pour ensuite blesser le monstre, car juste l’atteindre ne suffit pas).

Lors de la chasse, vous lancerez des dés pour connaître des évènements, voir si vous résistez aux dangers et faire des trouvailles.

Lors de l’étape de communauté, vous lancerez des dés à nouveau pour répondre à des évènements, pour voir si vous accouchez d’un doux bébé ou non, pour réaliser des cérémonies, pour étendre votre savoir, pour vous battre avec votre rival etc.

Vous lancerez aussi le dé quand un personnage subira une blessure grave, pour déterminer ce qu’il advient de lui. Vous risquez de trembler à ce moment !

Mais le hasard ne se limite pas qu’aux dés. Vous en déprendrez aussi par le biais des cartes, quand par exemple le monstre choisit son attaque, quand quelque chose d’étonnant arrive dans votre communauté, quand vous dépecer la créature pour obtenir des ressources.

Comme dans bien des jeux, vous serez frustrés si vous manquez de chance et aux anges si celle-ci est à vos côtés.

Mais KDM n’a pas l’intention de se limiter à la chance pure et dure. Non, ça serait trop simple.

En soi, vos personnages sont extrêmement fragiles ; vous risquerez de les perdre à tout moment, parfois même pour des bêtises.

C’est punitif, oui !

Mais vos Survivants, aussi forts et attachants soient-ils, n’ont que peu de valeur individuelle.

Ce qui compte, c’est la colonie !

Vos personnages d’élites sont morts ? D’autres les remplaceront alors. Tant que la communauté comptera au moins un Survivant, le jeu ne sera pas perdu. Car il est possible de rebondir, même quand la situation est désespérée.

Et ce qui fait l’équilibre de KDM, c’est que la défaite n’est jamais soudaine : vous aurez toujours moyen de la voir arriver et de vous y opposer.

De plus, chaque fois que vous perdrez un de vos personnages, vous aurez probablement appris quelque chose d’essentiel dans le jeu, ce qui vous rendra d’autant meilleur.e la prochaine fois.

Vous aurez par exemple découvert quels sont les points forts de votre ennemi, et donc comment vous y préparer. Ou alors vous saurez que certaines synergies ne sont pas forcément bonnes et qu’il vous aurait fallu en essayer d’autres.

KDM est si riche que des dizaines et dizaines de parties ne suffiraient pas pour que vous le maîtrisiez. Le jeu trouvera toujours le moyen de vous surprendre et de taper là où cela fait mal. Mais avec un peu (ou beaucoup) d’entraînement, vous saurez comment parer la majorité des coups.

Les Survivants

Qui dit communauté dit habitants. Vos Survivants vont former une grande famille, et ils auront intérêt à se serrer les coudes tant il ne fait pas bon vivre hors de leur campement.

Votre communauté de départ comportera environ une dizaine de Survivants. Par la suite, vous en gagnerez et en perdrez.

Tout ce petit monde, il va falloir l’accueillir et lui offrir une identité. Pas besoin de trouver tout de suite des noms pour le groupe entier : vous nommerez un Survivant lorsque vous en aurez besoin directement, c’est-à-dire au moment où vous lui créerez une fiche.

Au départ, vos Survivants sont parfaitement ordinaires avec des caracteristiques neutres : ils ne sont ni forts ni chétifs, ni intelligents ni stupides, ni indispensables ni à la ramasse. C’est en leur donnant leur chance dans la vie de KDM que vous les ferez évoluer.

Et ce qui est intéressant, c’est que contrairement à dans bien des jeux, vous ne contrôlez pas leur évolution, ou alors à peine. Ce sera le hasard qui décidera des points de caracteristique à leur attribuer. Pareil pour les techniques de combat.

Mais on ne progresse pas seulement dans KDM, on régresse aussi ! Bras cassés, chevilles tordues, sourirs édentés, côte fêlée… les blessures ne manqueront pas, et elles vous infligeront de sérieux désavantages.

Vous ne déciderez donc pas des progres de vos Survivants ou de leur devenir. Par contre, vous déciderez ce que vous en ferez ! Car un bon joueur de KDM trouvera toujours une utilité à chacun de ses Survivants. Même les boulets servent à quelque chose puisqu’ils peuvent être sacrifiés lorsqu’un évènement inflige une perte de population.

Vous allez vous attacher à ces braves hommes et femmes, ou alors les détestez s’ils ne font qu’enchaîner les bourdes. Vous les verrez naître, grandir, souffrir et mourir.

“Et n’oublions pas : les voir devenir fous !”

En effet. Le monde des ténèbres est si riche en frayeurs que vos personnages risquent de perdre les pédales à tout moment.

Chaque Survivant possède une valeur d’Insanity (folie ou insanité en français). Cette valeur représente leur défense mentale face à ce qui fait peur. Un Survivant gagne en Insanity en assistant à des choses anormales et macabres. Il la perd en subissant des chocs psychologiques.

Plus il posséde donc d’Insanity, plus votre résistera à l’intimidation des Monstres (pour ne citer que ça). Mais attention, car avec une trop grande valeur d’Insanity, le Survivant se conduira anormalement et risquera de causer du tort à son entourage et lui-même.

Un personnage avec une faible valeur d’Insanity se portera donc bien dans sa tête : il n’entendra pas de voix, n’aura pas la conviction qu’il doit tuer ses proches et n’ira pas courir nu dans les ténèbres avec son slibard sur la caboche. En revanche, il sera particulièrement vulnérable à la terreur et développera facilement des traumatismes (appelés Disorders) qui risquent d’être permanents.

Ces Disordres peuvent se révéler très handicapantes mais aussi rigolotes d’un point de vue de joueur : votre personnage parle tout seul, ne peut pas s’empêcher de remuer dans tous les sens, tombe dans les pommes dès qu’il voit une goutte de sang, est persuadé d’être immortel, ne supporte plus l’obscurité, devient dépressif etc. En gurérir est possible mais nécessitera des moyens particuliers.

Le combat

Comme vous devez l’avoir compris, le combat occupe une place centrale dans le jeu.

Dans 90% des cas, un combat débutera au terme d’une chasse. Le Monstre se dresse au centre du plateau, et vos quatre Survivants (en partant du principe qu’aucun n’a disparu durant la traque) lui font fièrement face, armes en mains.

Sauf exception, le combat durera jusqu’à la mort du monstre ou celle de tous vos Survivants.

Le principe est similaire à celui de bien d’autres jeux : le monstre joue un tour, vos Survivants jouent le leur, et on recommence.

Tour du monstre

Là où KDM se distingue des autres jeux du genre, c’est que les Monstres ne se contentent pas de faire toujours la même chose. Tous possèdent un deck de cartes d’action, mélangé au préalable pour créer la surprise. Au tour du Monstre, on pioche une carte et on effectue l’action indiquée. Dans la plupart des cas, le monstre attaquera, mais la carte précisera la façon exacte ainsi que le Survivant ciblé.

Le monstre utilise les d10 pour tenter de toucher les Survivants et des dés personnalisés pour savoir à quelle partie du corps il les atteint (tête, bras, jambes, corps et taille). Les points d’armure du Survivant servent à le protéger des premières attaques, mais lorsque ceux-ci sont épuisés, cela risque de saigner !

Certaines cartes peuvent affecter le comportement du monstre à long terme (on parle de Mood). Par exemple, le Lion peut devenir enragé et infliger de terrifiants dégâts. L’Antilope peut devenir angoissée et distribuer chaque tour de gros coups de sabots derrière elle. Le Butcher peut se focaliser sur un seul Survivant et l’assaillir de coups de hachoir jusqu’à la fin, sans se préoccuper du reste de la bande. Trois exemples parmi tant d’autres.

Les cartes du Monstre sont dans l’ensemble précises et ne nécessitent pas beaucoup de décisions arbitraires. Tancher certaines égalités vous sera néanmoins réclamé.

Tour des Survivants

Les Survivants possèdent deux actions pour effectuer leur tour : un mouvement et une activation, dans l’ordre voulu.

Le mouvement, sans surprise, permet au personnage de se déplacer sur le plateau (généralement 5 cases par tour).

L’activation permet de multiples usages, mais le plus fréquent sera l’activation d’une arme pour attaquer.

Nous avons vu que les armes indiquaient le nombre de d10 à lancer lors de l’attaque et du résultat minimum à obtenir pour infliger une touche.

Pour chaque touche, il vous faudra révéler des cartes Hit Location pour savoir où vous atteignez le Monstre et comment celui-ci réagira en fonction.

Pour chaque carte révélée ainsi, vous lancerez un d10 ajouterez au résultat votre force totale (conférée par l’arme et les muscles de votre Survivant). Si le total atteint ou dépasse la valeur de Résistance du Monstre (sa Toughness), vous l’aurez blessé. Mieux, si le résultat naturel du dé est de 10, vous lui aurez potentiellement infligé une blessure critique, ce qui peut donner lieu à des avantages.

Dans les deux cas, vous devrez retirer (et non pas défausser) la première carte du deck action du Monstre pour chaque blessure. Si vous devez retirer une carte et que le Monstre n’en possède déjà plus, alors il meurt.

Comprenez donc que plus vous blessez le Monstre, moins ce dernier aura d’actions différentes et donc plus il sera prévisible !

Mais attention, car les Monstres n’aiment pas être attaqués. Dans bien des cas, ils réagiront, selon leur personnalité et atonomie, que vous les blessiez ou non. Tout est indiqué sur la carte Hit Location. Le Lion par exemple a tendance à faire des bonds en avant ; gare à ceux qui se trouveront sur son passage !

Un dernier point important : les Survivants possèdent une réserve de points leur permettant d’accomplir des exploits héroïques et désespérés. On appelle ces points des Survivals. Ces derniers permettent d’esquiver, de relever un coéquipier en l’encourageant, d’infliger une attaque supplémentaire ou d’effectuer un mouvement décisif.

Utilisez les avec parcimonie, car ils ne se renouvellent généralement pas pendant le combat !

“Les combats de KDM font partie de mes préférés ! Il s’y passe tant de choses ! La situation la plus dingue dont je me souvienne étais la fois où une Survivante a lancé un dard en direction du Lion. Résultat, la bestiole s’est fait couper les parties génitales et est morte sur le coup ! Juré craché, c’est ce qui est arrivé !”

Eh oui, ce fut un grand moment. Cela peut sembler improbable, mais ceux et celles connaissant le jeu sauront que cet exploit est possible.

Gestion et création d’équipement

Jusqu’à maintenant, nous avons parlé des aspects Ameritrash du jeu. Mais tout n’est pas seulement question de hasard et d’évènement, dans KDM. Il peut même être question de stratégie et de gestion !

De la gestion, oui, tout à fait. Nous accumulons des ressources dans le jeu, déterminées aléatoirement la plupart du temps, c’est vrai, mais auxquelles il faudra donner un usage, d’où la gestion.

On ne va pas se leurrer pour autant : KDM est bien plus orienté combat et aventure que gestion, mais cette dernière demeure bien présente et elle ne fait qu’ajouter de la saveur au jeu.

Tous les objets ou presque dans KDM peuvent être construits à l’aide de ressources. Mais pour cela, il faut avoir au préalable conçu des ateliers (qui nécessiteront parfois eux aussi des ressources).

Au début, vous ne possédez que des ateliers de découpage de peaux, de fabrication d’armes en os et de transmutation d’organes. De quoi réaliser le b.a.-ba de l’équipement, peu cher, mais destiné à devenir désuet.

Après bien des parties, si vous avez bien travaillé, votre communauté se tournera vers une fabrication d’armes plus sophistiquées, des armures de cuir plus résistantes et des objets divers étonnants.

Et lorsque l’opposition se fera vraiment impardonnable, vous n’aurez plus d’autre choix que de vous lancer dans la métallurgie. Et là, vous vous sentirez invincible… pour un certain temps.

J’affirmais tout à l’heure que l’équipement peut devenir désuet, mais ce n’est pas tout à fait le cas, en réalité.

Même en étant bien avancé dans la campagne, vous pourrez encore tirer profit de vieux objets, car ils ne sont pas chers et/ou qu’ils offrent tout de même des possibilités intéressantes.

Exemple : l’armure de peau est la moins chère et moins résistante de toutes. Pourtant, elle sera très efficace pour les personnages rapides, désireux d’esquiver et courir le plus souvent.

Pareil pour certaines armes : même après avoir construit des lames de fer, vous apprécierez les capacités uniques d’anciennes haches, épées, marteaux etc.

Eh oui, tous les objets ou presque dans KDM ont des capacités spéciales en plus de leurs attributs offensifs et défensifs habituels. Certaines armes peuvent par exemple étourdir, affaiblir, repousser et ralentir. Certaines pièces d’armure réveillent l’agilité, rendent plus rapide, motivent leurs porteurs… Plein de capacités à combiner et exploiter pour définir le rôle de vos Survivants au combat.

Pour finir, certaines pièces d’équipement s’assemblent particulièrement bien ensemble, ce qui peut octroyer des avantages.

Prenez la grille d’équipement, plus haut, vous appercevrez des cartes aux bords rouges et bleus (il existe des bords verts également). Si vous faites en sorte de connecter des bords de la même couleur, vous recevrez des bonus conséquents ! Par exemple, les White Lion Boots que vous pouvez voir en haut à gauche dans l’image rendront le personnage plus rapide (+1 Mouvement) si leurs deux bords rouges en rencontrent d’autres.

Même si cela ne s’explique pas toujours thématiquement, ce mini puzzle est très sympathique et vous poussera à chercher les meilleures combinaisons possibles.

“Bonne surprise qu’est cette facette de gestion dans Kingdom Death: Monster ! Qu’elles servent à construire ou développer, les ressources doivent être dépensées minutieusement. Comme il n’existe pas d’équipement ou d’innovation ultime, vous aurez intérêt à vous adapter à la situation. N’oubliez pas que c’est en connaissant votre ennemi que vous serez le plus apte à le vaincre. Tout comme vos Survivants, les Monstres possèdent des forces et des faiblesses. Et une communauté préparée aura nettement plus de chance de survivre !”

Et le reste ?

Offrir un résumé complet de la mécanique de KDM est déjà un défi en soi. Autant dire que je n’arriverai pas à tout vous détailler.

Si malgré tout l’envie d’en savoir plus vous prend, je vous recommanderai de faire un tour sur Youtube où de chouettes parties sont filmées et commentées.

Je pense donc être arrivé au bout de cette longue critique. Nous pouvons passer à la…

Conclusion

L’avis de Sinatrash

Kingdom Death: Monster, c’est le jeu auquel je rêvais de jouer avant même qu’il existe. Je ne connais tout simplement pas de jeu de plateau plus thématique.

Les combats sont dantesques. On s’émerveille devant les retournements de situation épiques et on jubile quand la bestiole s’écroule !

Ensuite vient l’occasion de s’amuser un peu avec sa commuanuté. On fabrique des lances, des masques en cuir, de la graisse pour glisser entre les griffes du Monstre, des tambours, des statues etc.

Tous les Survivants peuvent marquer l’histoire à leur façon, même si on préférera les héros aux looser ! Pas facile de les voir mourir, par contre.

Même en ayant joué des dizaines de fois, on continue d’être surpris et de découvrir des secrets. J’attends d’ailleurs encore et toujours la confrontation finale !

Du grand art !

20/20

L’avis de K’euroline

J’appréhendais fortement avant de jouer mes premières parties de Kingdom Death: Monster. Je m’attendais à un nouveau jeu riche en fantasmes thématiques mais dénué d’intérêt sur le reste. Mal m’en a pris, car les gros cerveaux y trouveront aussi leur compte.

L’auteur a réalisé un fantastique travail en offrant autant de combinaisons et de possibilités, le tout doté d’un équilibre très satisfaisant.

Au combat, nos Survivants ne pourront pas prétendre à la victoire s’ils se contentent chaque fois de foncer tête baissée. Les ennemis les plus mortels réclameront un plan abouti, voire un de secours en cas de pépin.

Pour ce qui est de la partie gestion, elle offre de plaisants moments. Comme l’arrivée de chaque némésis est connue du joueur ou de la joueuse, il est possible (et même conseillé) de se préparer des parties à l’avance pour recevoir cet invité indésirable.

Néanmoins, le hasard occupe tout de même une place très importante, avec les frustrations que cela entraîne. Pour cette raison, je n’évoquerai pas un grand amour pour ce qui est de mon avis, mais Kingdom Death: Monster reste l’un de mes favoris dans le genre.

14/20

L’avis Solo

Kingdom Death: Monster sera un formidable ami pour quiconque aime les expériences ludiques intenses et ne se laisse pas effrayer par un matériel abondant.

Toutefois, pour peu que l’on regroupe les cartes en fin de partie, le jeu ne réclame pas des mises en place particulièrement longues et ne submergera pas la table en dehors de son plateau.

Pour des raisons d’équilibre et d’immersion, le jeu doit se jouer avec quatre Survivants lors des chasses et des combats. Mais le défi est plus accessible qu’il n’y paraît. Et puis le côté répétitif des parties peut même être un avantage pour le joueur ou la joueuse solitaire qui ne dépendra pas des autres pour trouver son rythme idéal.

Plus la campagne avance, plus il est nécessaire de jongler avec des informations. Mais l’expérience acquise se révélera payante au bout d’un certain temps : rien ne vous fera plus peur, si ce n’est peut-être les monstres de niveau 3…

Un jeu de cette taille ne vous accompagnera probablement jamais dans vos déplacements, mais il vous attendra de pied ferme à votre retour et vous plongera dans d’effrayantes aventures, à votre plus grand plaisir !

15/20

Appréciation personnelle du chat

Le point positif avec KDM est que l’on sait très vite, de par son thème, son contenu et son prix (400$), s’il est fait pour nous ou non.

Oui, le jeu est très cher, trop aux yeux de bien des personnes. Tout le monde n’est pas prêt à investir plus d’une certaine somme dans un jeu, ce qui est normal.

Mais si l’envie de plonger dans les ténèbres vous démange, il peut être intéressant d’attendre une période comme le Black Friday où le jeu peut coûter jusqu’à 100 dollars de moins.

Il faudra de l’investissement pour comprendre le jeu et venir à bout de ses nombreuses figurines. KDM ne s’achète donc pas pour se mélanger à une ludothèque déjà bien remplie mais pour en être l’invité d’honneur, celui qui changera à jamais votre regard sur les autres jeux.

Pour ma part, cela fait quatre ans que ce jeu me procure du bonheur. Ne le répétez pas, mais je n’ai pas encore réussi à terminer la campagne du jeu de base, ce qui ne m’a pas empêché d’acheter quelques kilos d’extensions qui attendent leur tour sur l’étagère de mon hall d’entrée. La durée de vie est déjà phénoménale avec la boîte principale, il y a fort à parier qu’elle devienne infinie avec d’autres ajouts.

L’un de mes jeux préférés, tout simplement.


2 commentaires

Saxgard · 31 août 2021 à 18:52

Un jeu qui fait bien saliver mais effectivement pas à la porté de tout le monde d’autant plus qu’il est en anglais. ^^
En tout cas je verrais bien aussi une petite campagne contait sur le site. Je me vois bien membre de ces survivants. 🙂
Un vieux survivant (45 ans dans ce monde la c’est vieux non ?) introverti et un peu trouillard. ^^
Y en a marre des héros courageux…

Par contre c’est moi où les figurines inclues dans le jeu de base sont quand même moins détaillées et jolies que celles « sexy » que tu as mises en lien ? Ces dernières sont vraiment très jolies au niveau de la sculpture je trouve.

    Le chat solitaire (Skinner) · 1 septembre 2021 à 00:19

    Salut, mon bon Saxgard, et merci pour le commentaire !

    Tu me fais penser que je devrais laisser une petite indication à chaque jeu pour savoir s’il est en français, en anglais ou les deux.

    Un vieux survivant de 45 ans airaot parfaitement sa place dans une belle campagne de KDM ! Peut-être un futur héros malgré tout ? Ce qui est génial avec ce jeu, c’est qu’on ne le sait jamais à l’avance. 🙂

    Je pense effectivement que les figurines pin-up sont plus détaillées que celle du jeu de base, en tout cas que ce celles des Survivants de départ qui ne nécessitent de coller que trois pièces à tout casser. Si mes souvenirs sont bons, ces demoiselles étaient d’ailleurs assez chères individuellement. Une chose est sûre : la gamme complète est extrêmement cher (en tout cas 2’800 dollars)…

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